Le lapin et la bête

Sous un ciel constamment grisâtre existait un lapin guère plus coloré. Fils d’une famille de 12 lapins, aucunes de ses sœurs ou frères ne s’était intéressé à lui. Ou bien était-ce lui qui ne s’était pas intéressé à eux. Et dans sa garenne, cela avait été identique. Aucun des lagomorphes n’arrivait à le sortir de sa morbide torpeur. Du haut de son terrier, il attendait. Quoi ? Personne ne le savait et personne n’avait essayé de le questionner. Alors un triste matin où le Soleil peinait à percer l’épaisse couche de nuages, le lapin prit sa décision. Serrant les dents, le lapin bondit à travers son terrier. Il traversa les champs contigus en quelques nuits, arrivant à l’orée de la forêt. Les senteurs diverses embaumaient les abords, laissant deviner différentes délicieuses plantes à portée de pattes. Mais le lapin n’avait d’yeux que pour le loup solitaire dont les oreilles dépassaient des entrailles d’une biche. Carrant les épaules, il s’approcha de cette gueule ouverte, offrant sa triste vie à ce terrible chasseur. Mais le loup, les babines barbouillées, grogna :

— Va-t’en lapin, j’ai bien assez à manger ici, tu ne m’intéresses pas. Si tu souhaites en finir, va voir le renard qui se cache au cœur de cet endroit, il t’aidera.

Haussant la queue, le lapin bondit dans la forêt. Il mit des jours et des jours à arriver en son centre. L’endroit était incroyablement beau, peuplé de nombreuses vies, bordé de magnifiques couleurs chatoyantes. Mais le lapin n’avait d’yeux que pour la queue rousse qui dépassait d’un bosquet.

 

Redressant la tête, il s’approcha de cet arrière-train dissimulé, offrant son ennuyeuse vie à ce rusé prédateur. Mais le renard, affalé sur le flanc, lui murmura :

— Va-t’en lapin, je viens de dévorer un énorme canard, tu ne m’intéresses pas. Si tu souhaites en finir, va voir la buse qui se cache au cœur de la plaine.

Dressant les oreilles, le lapin bondit à travers la forêt. Le voyage lui dura plus longtemps. Il dormit sous les ronces, grignotant les délicieuses baies à portée de dents. Quand enfin il arriva à la plaine, la magnificence de cet endroit lui éclata au museau. L’herbe était verte et grasse, composée d’une multitude de succulentes fleurs colorées. Mais le lapin n’avait d’yeux que pour le rapace posé en équilibre sur la branche d’un jeune érable.

 

Faisant frémir ses moustaches, il s’approcha de cet amas de plumes, offrant sa fastidieuse vie à ce perçant ennemi. Mais la buse, les yeux fermés et le duvet humide, piailla :

— Va-t’en lapin, je suis en train de me sécher les plumes, tu ne m’intéresses pas.

— Madame la buse, voilà des jours que je voyage dans cet unique but. J’ai rencontré un loup, un renard, une buse, mais personne n’a été en capacité de répondre à mon appel. Pourriez-vous m’épauler ?

— Si tu tiens vraiment à en finir, je connais quelqu’un qui pourra t’aider. Il existe une bête, si terrible que tous les prédateurs tremblent en songeant à elle. D’un seul regard, elle est capable de vous ôter la vie. Aucun de nous autres prédateurs, n’osons nous aventurer dans son domaine, mais si tu y tiens, va en haut de cette montagne et ton souhait sera réalisé.

Se dressant sur ses pattes, le lapin bondit à travers la plaine. La montagne était loin et le voyage fut fastidieux jusqu’à son pied. Le lapin se nourrit de l’herbe grasse et des fleurs dorées, dormant sans aucun refuge. Au pied de la gigantesque montagne, il faillit rebrousser chemin devant la paroi verticale, mais ne se laissa pas décourager. Des jours et des nuits, il escalada. Plus d’une fois, le lapin se retint de justesse, voyant le vide s’offrir à ses pieds, mais il voulait que ce soit par cette bête qu’il se fasse dévorer. Quand enfin il atteint le sommet, le paysage qui se tenait devant lui le laissa sans voix. Aucun os, aucun animal, mais une vaste prairie composée d’arbres fruitiers et de délicieux plants de légumes. Le lapin traversa la prairie à la recherche de la terrible bête, mais il n’y avait personne. Épuisé, il se laissa tomber à côté d’un lac paisible et scintillant.

— Ai-je donc fait toute cette route pour rien ?

Il soupira quand soudain, la surface du lac se brisa, laissant échapper une immense bête de ses entrailles. Le prédateur s’ébroua, jeta un coup d’œil au lapin et s’allongea en l’ignorant. Le lapin, terrorisé n’avait plus osé remuer, attendant l’inéluctable qui n’arriva pas. Prenant son courage entre deux pattes, il se racla la gorge et interpella la bête :

— Mes excuses, monsieur le dragon. J’ai fait une très longue route afin d’offrir ma vie à un loup, un renard et une buse, mais tous ont refusé. Pourriez-vous accepter de croquer ma vie ?

Le dragon tourna sa grosse tête vers lui et le jaugea avant de lâcher :

— Sois maudit pauvre lapin, car je suis végétarien.

Accablé, le lapin se laissa tomber près du dragon qui ne pouvait le toucher.

— Vois-tu lapin, personne n’ose braver cette montagne, car j’effraie tous les animaux. Et si tu restais un peu avec moi, avant de repartir ? Je m’ennuie si fort tout seul ici.

Épuisé, Dépité et découragé, le lapin acquiesça puis répondit :

— C’est d’accord. Quelques jours ici me laisseront le temps réfléchir à mon prochain périple.

Mais jamais il ne repartit et le lapin et la bête restèrent ensemble, ne connaissant plus jamais l’ennuie l’un et l’autre en haut de cette montagne merveilleuse.

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Nouvelle : le cycle de l’orchidée

Aujourd’hui, l’orchidée de Juliette achetée à IKEA pour à peine 6€ a perdu sa dernière feuille. Elle est tombée, rongée par la pourriture, après des semaines de mauvais arrosage chez l’exploitant. Ça se rattrape : les orchidées sont des plantes à croissance lente. Le mal qui leur est fait mettra plus de temps à les marquer, contrairement aux autres plantes. Pourtant, lorsqu’elles donnent l’impression d’être irrécupérables, il est possible avec une immense patience et un arrosage maîtrisé, de leur redonner vie. Juliette fonctionne de la même manière, sauf qu’elle à terme, tu ne la retrouveras pas à 5€99 à IKEA.

Quelques heures après avoir jeté cette feuille brune, Juliette a reçu un SMS. Plus personne ne lui en envoyait, excepté ses amis à court de batterie sur messenger. C’était son père : « Salut, je suis pas BOURRÉ. Voilà, entre votre frère Léo qui a daigné m’accepter après 20 ans d’absence et qui me fait toujours pas confiance ; votre autre frère, Martin, qui me prend pour un con d’alcoolo et votre sœur, Juliette, qui m’ignore, j’ai pris ma décision. On arrête là toute forme de relation. Vous avez votre mère, oubliez ce qui vous sert de père ! Je m’efface de Continuer la lecture de « Nouvelle : le cycle de l’orchidée »

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